Les five fingers et autres considérations sur le running minimaliste

Disclaimer: cet article est le reflet de mon expérience, c’est MA vision des choses.

Le running minimaliste, qu’est-ce que c’est ? L’idée est de se rapprocher autant que possible de la course pied nus. On a tous un jour ou l’autre gouté au plaisir très sensitif de courir dans l’herbe ou sur le sable d’une plage. Alors pourquoi pas sur le bitume ou en sous bois s’interroge notre runner en mal de sensation ? Parce que ça fait mal! A moins de marcher pied nus depuis la naissance et d’avoir ainsi développé une singulière résistance à l’abrasion et au frottement, le bitume brule la peau des pieds en quelques minutes et les sous bois vous terrassent de douleur après 3 ou 4 cailloux bien placés. C’est ici que le running minimaliste s’invite à la table des coureurs. Protéger sans alourdir, être en contact sans risquer la blessure, garder la sensation de plaisir sans la douleur.

Vaste programme donc et je vais vous donner mon retour d’expérience sur les premiers vrais modèles de chaussures minimaliste que j’ai pu essayer pendant quelques mois. Le contrat est-il rempli ?

1) Terra Plana EVO

Vendues pour le moment par une seule boutique sur Internet, les EVO ont pour ambition de nous remettre vraiment en contact avec le sol.

Terra Plana EVO

La technique est simple: une semelle uniformément fine (4 mm) et un chaussant (en matière recyclée top écolo) ultra souple et léger.

Le look est ravageur (à mon gout en tout cas) et change vraiment de tous les autres modèle de running que j’ai pu voir à ce jour.

Je teste ces chaussures depuis plusieurs sorties, en alternance avec d’autres paires comme toujours 😉 et mes premières impressions sont partagées. D’un coté, je pense que le contrat est rempli, les sensations sont là, mais d’un autre je dois avouer avoir eu très mal au talon d’achille du fait d’un défaut de conception de l’arrière de la chaussure, trop dur et pas assez en V. Je suis obligé de mettre des pansements pour pouvoir m’en servir ce qui pour une chaussure de sport de ce prix (130€ environ) est vraiment limite. Aucune autre paire de running ne m’a jamais fait ça. C’est dommage car pour le reste, c’est un excellent modèle qui répond à la plupart des attendus du running minimaliste.

La semelle design des EVO

2) Five Fingers KSO

Les fives fingers sont à la mode. Aux US surtout mais chez nous aussi de plus en plus. Un signe qui ne trompe pas: pour un site qui vend le modèle officiel, on trouve 10 sites qui vendent des contrefaçons chinoises, y compris Ebay. D’un autre coté, les ruptures de stocks quasi permanente des revendeurs officiels n’incitent pas à la patience. En France, c’est le site commepiedsnus qui se charge de la revente et c’est de là que vient mon modèle KSO (109€).

 

Alors bien sûr avec les five fingers, il y a un seuil psychologique à franchir afin de supporter l’air parfaitement ridicule que vont avoir vos pieds (et donc vous par extension). A l’usage, les gens ne prêtent en général aucune attention à vos chaussures, donc le risque de voir les passants se foutre de votre gueule est faible. Coté technique, le confort est très limité, une simple toile plus ou moins aérée sur le dessus, une semelle assez souple présentant une très faible épaisseur et un scratch pour caler le pied. Le scratch est également bien pratique pour mettre un capteur de vitesse (qui s’attache normalement sur les lacets).

Sur le terrain, c’est un sacré dépaysement. Les premières impressions sont grandioses. Un ressenti total du sol, un déroulé d’une rare souplesse et surtout cette libération des orteils qui d’un coup deviennent utiles à la foulée et permettent un contrôle incroyable des trajectoires. J’ai également noté une amélioration de mes performances sur mes fractionnés.

Mais hélas, très vite le tableau se corse. Déjà les ampoules. Moi, après 40 minutes j’en avais 4, 2 sur chaque pieds essentiellement sur les orteils. J’ai du coup décidé d’investir dans la paire de chaussette adaptée à ces chaussures (avec des doigts donc) également vendu sur le site (10€). Ca résout quasiment le problème (j’ai encore eu une ampoule depuis) mais on y perd en ressenti du sol et je n’aime pas tellement la sensation d’échauffement que cela donne. J’imagine que l’hiver c’est moins problèmatique.

Mais le plus grave se passe en sous bois. Dans la forêt quoi. C’est à dire, là où je fais toutes mes sorties longues et où je cours entre 1h30 et 2h chaque semaine. Au début tout va bien, les sensations sont excellentes, il y a un coté magique à ressentir le sol et ses défauts, ses petits cailloux, ses petites branches, les irrégularités de la terre… c’est très chouette. Après 30 minutes, les cailloux commencent à faire un peu mal. De temps en temps, il y a en un qui tombe vraiment mal, à un endroit de la plante de pieds plus sensible qu’un autre et on ralentit sous le choc. Après une heure, on cherche avant tout à éviter les cailloux, on adapte l’itinéraire, on privilégie le bitume (!), et on se concentre vraiment pour ne pas mettre les pieds n’importe où. Après 1h30, c’est juste l’enfer, j’avais les pieds en feu, chaque foulée sur autre chose que du plat absolu me faisait mal, j’ai terminé mon dernier kilomètre en marchant.

Aucune autre paire de running, y compris celles de cet article, ne présente le moindre inconvénient en forêt. Les KSO si. Alors oui j’ai les pieds très sensibles et à l’usage ils finiraient surement par devenir plus résistants mais ce que l’on gagne à rendre ses pieds plus durs, on le perd précisément en sensibilité, hors c’est ce que l’on cherche en running minimaliste, la sensation! Donc pour moi, c’est un vrai problème et je ne vais plus faire de sortie longue en KSO, ça ne fait aucun sens pour ce que je cherche.

A noter qu’un nouveau modèle de five fingers a l’air d’être plus adapté à la course à pied que le KSO et est également plus épais au niveau de la semelle: le Bikila (130€). J’ai hâte de voir ce que ça donne sur moi. Un prix élevé et une disponibilité qui fait sourire (j’ai vu des liste d’attente de plusieurs mois sur des sites US) m’ont pour le moment rendu impossible l’essayage.

3) Nike Free

Tout le monde connait Nike. Mais connaissez-vous les Nike Free ?

Nike Free 7.0

C’est tout simplement une tentative de running minimaliste de la part du plus grand fabriquant de chaussure de sport de la planète. Donc on est gentil et on regarde ce que ça donne. Et on est bien surpris. Alors certes, les sensations n’ont plus grand chose à voir avec des FF, mais là au moins, on peut aller en forêt et on se pète pas le talon d’achille après 15 minutes comme avec les EVO.

Une semelle très souple

Et oui, Nike sait faire des chaussures de courses. Ces chaussures, par rapport à d’autres modèles Nike plus classiques, ont la particularité d’être très légères et très souples, autant au niveau de la semelle que du chausson. On voit bien les rainures de la semelle qui permettent un vrai déroulé du pied en particulier sur l’avant. C’est bien vu puisqu’en running minimaliste on court sur l’avant du pied pour ne pas se flinguer les genoux et le dos du fait de l’absence d’amorti des chaussures. Il se trouve que ce modèle présente tout de même un léger amorti au talon, au cas où vous auriez du mal avec la course sur l’avant. Autre avantage, dans les descentes où il est quasi impossible de courir sur l’avant (enfin moi j’y arrive pas), ces Nike font merveilles. Pour tout vous dire, c’est avec ce modèle que je ferais le Paris Versailles cette année! Tout est dit non ?

Note à l’usage des débutants: Je ne cours que depuis 4 ans mais il me semble qu’il ne faut pas venir au running minimaliste trop tôt. L’absence d’amorti présente des dangers très clairs pour les genoux et le dos, en particulier si on cours en attaquant du talon, comme la plupart des gens. Il m’a personnellement fallu plus d’un an, avec des chaussures classiques très amorties pour venir à bout de toutes les petites douleurs osseuses que j’ai eu très vite dès mes premières sorties. Ensuite, quand le corps est prêt, on peut y aller en douceur comme avec ces nike Free (mais il y a d’autres modèles très léger chez tous les fabricants) qui permettent une transition en douceur vers le hard core minimaliste de type KSO 🙂

3 réponses sur “Les five fingers et autres considérations sur le running minimaliste”

  1. Merci pour cette critique comparée. As-tu lu l’article de Leo Babauta sur Zen Habits? http://zenhabits.net/barefoot-running/

    Je suis assez effaré par les distances que tu courres avec ces nouvelles chaussures. J’aurais commencé par 10 minutes moi 🙂 puis 15 puis 20. N’importe quel type de chaussure m’inconforte sur une telle distance.

    Je n’ai pas encore été attiré par ce type de course. Je vois beaucoup de gens qui s’y mettent et y trouve du plaisir. J’imagine que le plaisir nouveau est le seul critère ? Pourquoi tu t’y ais mis ? Vas-tu y rester ? Apparemment ni confort ni performance semblent améliorés.

    Bon courage pour ton Paris-Versailles ! Je cours peut-être un triathlon dimanche, mais je suis en liste d’attente 🙁 Je vais me pointer à la réunion de préparation quand même demain 🙂

  2. J’ai lu plusieurs blogs mais pas celui-ci, merci pour le lien. C’est très résumé dans l’article mais je n’en suis pas venu à faire une sortie longue en FF en un jour. J’ai pratiqué pendant plusieurs mois auparavant en y allant très progressivement (20-30 minutes au début, plus ensuite). Par contre, je ne courrais pas en forêt mais sur piste ou sur bitume. Et là, tout se passait très bien (sauf les ampoules mais c’est certainement un problème transitoire et les chaussettes aident bien). Je comprends très bien comme le décrit ton lien (ainsi que d’autres) qu’en y allant plus doucement en forêt, petit à petit, je puisse finir par ne plus avoir de douleur, même sur de longues distances mais cette approche me pose un problème: je ne veux pas m’insensibiliser les pieds en les renforçant à la dure. Je veux bien les muscler différemment, et c’est ce que je fais quand je court en FF ou en Evo mais je ne veux pas, en persistant sur les terrains difficiles, générer une couche de peau durcie et insensible qui est sans doute la seule façon, in fine, de pouvoir courir pied nu partout. Je refuse ce sacrifice et je tiens donc à ce qu’une chaussure minimaliste, aussi minimaliste soit-elle, m’évite à devoir transformer mes pieds en l’équivalent de semelle de chaussure. Tu vois l’idée ? En d’autres termes, étant donnée ma sensibilité, les KSO ne sont pas adaptées pour moi pour la course en forêt. Mais il se pourrait que les Bikila le soit, ayant une meilleure semelle, je verrai ça dès que possible.
    Pour répondre à tes questions, c’est effectivement le plaisir lié à ces nouvelles sensations qui me donne le gout de poursuivre sur cette voie. Et j’aime beaucoup ça, tant que ça ne me fait pas mal! J’ai déjà fait plusieurs sorties longues en EVO sans aucun problème (avec les pansements pour le talon d’achille tout de même) et les sensations sont bien là, aucun doute là dessus.
    Il faut aussi que je dise que toutes mes douleurs (type tendinite) que je traine depuis quasiment mes débuts en course à pied ont disparu depuis que je cours en chaussures « légères ». Je ne sais pas si ça vient plus des chaussures ou de mon changement de type de foulée (plus sur l’avant) imposée par les chaussures mais c’est un fait.

    En conclusion, oui je vais continuer à utiliser ce type de chaussures, en variant les plaisirs et les modèles, et j’espère que les nouveaux produits seront encore plus proches de ce que je recherche (hélas visiblement je ne recherche pas exactement la même chose que tout le monde) et auront corrigé les plus ou moins gros défauts des pionniers.

    Bon courage pour ton triathlon, même si tu ne cours pas, le simple fait que tu y sois préparé m’impressionne!

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