La mécanique des fluides

Me demandez pas pourquoi je fous un titre pareil à ce post, c’est ça l’inspiration, ça ne s’explique pas 😉
Maintenant, il me reste juste à trouver un truc à dire en rapport avec mon titre.

Ce qui est fluide en ce moment, c’est le temps. Celui qui passe là, en bas de chez vous, et qui vous nargue à la moindre occasion. C’est un temps subtil, sensible et subjectif, mais il reste fluide. Certes, il y a ces turbulences, ces perturbations momentannées, ces instants qui durent et ces journées qui s’enfuient, mais toujours en s’écoulant et toujours dans la même direction.

Comme le dit Edouard Levé dans son Autoportrait (Edition Pol), « le plus beau jour de ma vie est peut-être passé ». Cette fluidité là est angoisse. Fluide, fuite. Notre vie a une fuite. Elle s’écoule goutte à goutte, jusqu’à la fin ou éclate brusquement comme un ballon abimé. Ce temps c’est notre âge. Ces deux petits chiffres bien gentils qu’on colle ensemble pour se faire peur, 30, 40…, 50……. Au fond, ces chiffres là nous questionnent. Ils nous demandent inlassablement ce que nous comptons faire du temps qui est devant nous. Ils nous demandent aussi de regarder celui qui est passé pour en goutter l’amère nostalgie ou au contraire la desespérante vacuité.

Le plus facile c’est encore de ne pas se retourner, de foncer, d’aller de l’avant, de mordre la vie à pleine dent, de profiter de la vie, etc etc, ce ne sont pas les expressions de l’insouciance qui manquent. Ces philosophies du Carpe Diem ne m’ont jamais convaincues, je ne m’y reconnais guère. J’aurai même plutot tendance à les trouver sans fondement, plates. Car elles renoncent à cette idée de fluidité justement, elles ne s’inscrivent pas dans l’histoire individuelle, elles consomment la vie plus qu’elles ne la vivent. C’est qu’au delà de l’angoisse qu’elle procure, la conscience de la fluidité de la vie est aussi la source la plus certaine de bonheur.Ce bonheur que tout le monde cherche. Ce ne sont pas les errances de la consommation immédiate des moments, sans avant ni après, qui rendent heureux sur la durée. Et c’est pourtant de ces moments là que sont remplies nos vies. De ces instants éphémères ou l’on prend du plaisir mais dont on demande toujours plus, et qui finalement ne sont jamais pleinement satisfaits. Ce qui manque à notre vie, c’est un projet. Quelque chose qui précisement nous inscrit dans la fluidité du temps et qui nous permet d’en ressentir les effets, les gouts et les odeurs. Pour qu’à la fin, lorsque notre ballon-vie sera vide, ce soit bien une nostalgie à nous arracher les tripes que l’on ressente en jetant notre regard en arrière, et non pas l’effroyable impression que tout cela n’a servi à rien.

2 réponses sur “La mécanique des fluides”

  1. longtemps de la lumière par ici… mais que fait EDF?!!)

    J’ai pas grand chose à dire sur ton post… à part concernant le Carpe Diem qui pour moi veut plus dire saisir les chances qui se présentent et apprécier les petites choses en profitant de chaque jour. Je ne vois pas ça comme une invitation à l’hyper-activité pour accéder au bonheur perpétuel… qui n’est de toutes manières qu’une utopie.

    Il faut vivre des malheurs pour apprécier le bonheur quand il se présente…
    Je pense (et c’est dommage) que plus les malheurs sont grands, plus on apprécie les petits bonheurs, les plaisirs simples.

    Alors vive les petits plaisirs quotidiens ! 😉

    Fanny

    PS: pas mal pour quelqun qui n’avait rien à dire, non?

  2. La définition des turbulences m’interpelle… ça me parait tellement vrai. Parfois je me dis que cela ne tient qu’à l’intérêt que l’on porte à l’instant qu’on est en train de vivre, le plaisir qu’on y prend, voire ce qu’on attend comme résultat concret de ce qu’on est en train de faire…

    Mais il y a par exemple ces chouettes exceptions, où le temps semble s’être arrêté, et c’est agréable, on a l’impression de profiter longtemps et avoir du rave!. Puis les autres, où le martyre semble n’avoir duré que quelques secondes et on reste bouche bée, surpris, interdit.
    Du coup, je ne sais toujours pas m’expliquer l’origine de ces phénomènes étranges que sont les turbulences dans la fluidité de notre vie.

    Quand à la nostalgie du temps passé… elle est pour moi la plupart du temps tellement douce que je reste pensive à l’idée que la nostalgie puisse avoir un goût amer pour certains. C’est peut être quand elle s’engouffre dans la mélancolie que l’amertume fait son apparition. C’est vrai que ça a l’air de tenir à si peu de chose la limite entre l’une et l’autre…

    Et cette tendance croissante à la consommation frénétique de la vie… toujours plus et plus vite pour être vraiment en accord avec son temps. Sauter d’une étape à l’autre sans prendre le temps de profiter du chemin et de la traversée en elle même. D’ailleurs même en ayant un ou des projets, ne continuons nous pas parfois à sauter des étapes et à ignorer royalement le paysage, concentrés que nous sommes sur le but à atteindre plus que sur le plaisir de l’avancée…

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